Oh les heureux privilégiés qui ont eu accès hier samedi au château de Ménars et à ses jardins (41). Le propriétaire des lieux avait en effet ouvert ses portes pour une visite très privée.

A Ménars, on espérait depuis longtemps derrière les hautes grilles d'entrée la possibilité de cette rencontre entre la vie du dehors et la vie du dedans.

Au fil des saisons, la promenade le long de la Loire donnait à voir des modifications sensibles du parc, mais que devenaient les salons du château et ses dépendances ?

On a pu constater hier que la restauration et l'embellissement de ce fleuron du Val de Loire n'avaient cessé de croître …

Hommages et remerciements sont ainsi adressés au propriétaire du domaine qui s'inscrit dans la transmission d'un patrimoine architectural exceptionnel et qui participe activement au rayonnement des arts décoratifs internationaux.

Menars_1_g

Rappelons que le château de Ménars date du milieu de XVIIème siècle. Guillaume Charron, Trésorier général des guerres de Louis XIII, en est alors l'heureux propriétaire. A sa mort, il transmet le domaine à son neveu Jean-Jacques Charron, président du Parlement. La sœur de ce dernier épouse le ministre de Louis XIV Colbert, ce qui semble avoir eu comme conséquence la création du Marquisat de Ménars et l'extension des terres des villages de Mer à Maves et de la ferme actuelle de Nozieux au village de Saint Claude de Diray.

Lors de son exil, le roi de Pologne Stanislas Leczinsky s'y installe le préférant à Chambord.

L'année 1760 marque un tournant avec l'arrivée de la marquise de Pompadour (favorite du roi Louis XV) qui l'acquiert et participe grandement à son embellissement surveillant les travaux jusqu'en 1764 (+).

A l'époque, son frère le marquis de Marigny joue un rôle important dans l'essor des Bâtiments Royaux. Héritier de la marquise, il poursuit l'aménagement du domaine et s'entoure des plus grands architectes et artistes de l'époque (Soufflot, Gabriel, Adam le Jeune, Boudard).

Lorsqu'il quitte la Cour en 1773, il installe ses quartiers d'été au château et y tient un grand état de maison recevant une société épicurienne et brillante. " …Ceux qui allaient à Chanteloup voir le duc de Choiseul dans sa retraite d'exil, ne manquaient pas alors de s'arrêter à Ménars" (voir dans Archives Esprit Val de Loire mai 2007 - Chanteloup : histoire d'un domaine).

Menars_3_d

La Révolution bouleverse l'ordonnance des lieux.

Après de tragiques évènements, le château devient propriété du maréchal Victor, Claude-Victor Perrin, duc de Bellune et maréchal de l'Empire. Suivent le comte de Brigode de Kemlandt et son épouse Emilie Pellapra, fille naturelle de Napoléon 1er. Bientôt veuve la jeune femme, riche et belle, s'unit en secondes noces au prince de Caraman et de Chimay en 1830. Celui-ci fonde dans l'enceinte du domaine de Ménars le bâtiment du "Prytanée", espace d'enseignement accueillant des jeunes gens de conditions sociales et de nationalités différentes. Ouvert à tous les cultes, on y enseigne les Belles Lettres, les Arts et Métiers et le Commerce et l'Agriculture.

Valentine, fille d'Emilie Pellapra, hérite du domaine en 1871. Elle devient princesse Bibesco, tente de conserver la demeure, mais en 1879 l'ensemble du domaine est vendu aux enchères.

Louis-Joseph Watel est alors l'acquéreur du château. Viennent s'inscrire dans cette longue succession de propriétaires Félix Allard en 1912 puis ses héritiers, et en 1939 la Compagnie Saint-Gobain (manufactures de glaces et produits chimiques).

Depuis 1983, le maître des lieux Edmond Baysari, discret et passionné, a fait le choix de poursuivre l'œuvre de ses prédécesseurs …