" … Saint-Dyé, c'est tout simple à trouver. Faites comme au temps de Monsieur - oui, Gaston, frère du roi - quand, de son château de Blois, celui-ci s'en allait courre le cerf à Chambord. Embarquez-vous, mais pas sur n'importe quel rafiot. Quelque chose de décoratif, allant à la rame, mi-gondole mi-péniche. Regardez le grand pataphare où l'on voit le cardinal de Richelieu, alangui, descendant le Rhône dans une litière aquatique.

Que ce soit chic, la Loire est le fleuve de nos rois.

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Débarqué sans naufrage, au lieu de vous rendre à Chambord, demeurez au port et visitez Saint-Dyé. Faites au fond ce que faisait jadis Maurice de Saxe, le vainqueur de Fontenoy, à qui Louis XV avait donné le château royal et qui, trouvant celui-ci trop grand, trop plein de courants d'air pour ses soupers fins, avait établi, pour traquer la "biche", une sorte de casino dans Saint-Dyé. Adrienne Lecouvreur, la tragédienne, l'y visita, au grand dam de la duchesse de Bouillon, sa rivale, qui finit, ivre de jalousie, par l'empoisonner avec un bouquet de violettes. C'est galant et fatal.

De ce temps-là l'église paroissiale a gardé un reste de splendeur. On comprend qu'elle soit si démesurée pour un village de si peu de feux : la galanterie avait alors ses dévotions.

Les maisons du bord de l'eau, dont les jardins et les vergers donnent directement sur le chemin de halage, ont de belles proportions. Construites à flanc de colline, on entre de la rue par le toit. Ce sont des maisons à l'envers.

Pablo_Picasso_with_his_son_Claude_300x206Cartier-Bresson redécouvrit ce village, il y a quelque quarante ans. Et puis, peu à peu, vint s'y établir une petite société. Un jour, Léonor Fini y débarqua avec sa meute de chats persans, suivie par Konstantin Jelinski et le peintre Lepri. Dernièrement, Claude Picasso y a aménagé une retraite. Chacun respecte les vieilles pierres, autant dire l'âme galante du maréchal, qui mourut en duel dans un fossé de Chambord. La mode des piscines a un peu détruit l'ordonnance de cette manière de béguinage. Un grand carré bleu dans la fraîcheur de l'herbe, à deux pas de la Loire, c'est, avouez-le, quelque peu pléonastique et pas follement siècle bergère … "

Cet article, écrit par Pierre Combescot et publié en 1993 dans le magazine L'Express, invite les curieux à déambuler dans ce joli village. Ne ratez pas l'ancien Relais de poste devenu Maison de la Loire. Les cheminées, les parquets, les trumeaux, les proportions des pièces sont admirables. Il est à souhaiter que la prochaine restauration n'entache en rien cette précieuse architecture du XVIIème siècle.

Photos :

1- Petite ruelle en face du porche de l'église où vécurent la plupart des personnalités citées.

2- Le petit Claude avec son père Pablo Picasso.